Avec « Ici », Alexandre Loye poursuit son inventaire linogravé initié
avec « 9 gravures », paru en 2006 et aujourd’hui épuisé. Ce sont ici 18
linos (qu’il imprime lui-même, toujours en noir), où on découvre avec
évidence quels sont les « objets » qu’il invente et inventorie : ce
sont des sensations. La gravure est pour Loye une technique de
contemplation des sensations ( qui rappelle une pratique de la
méditation bouddhique : le vedananupassana ).
Comprendre pleinement
les sensations et les condenser en une image simple, voilà le dessein
de l’éveillé Loye. La gravure qui donne son titre au recueil donne un
bon exemple de cette méditation : si « ici » n’est pas un lieu, un
ordre, une hiérarchie, mais une sensation, à quoi ça ressemble ?
Réponse de Loye : à un visage. Le mot « ici » dessine deux yeux, un
nez, une ride, montrant qu’il n’est pas repérable sur une carte, qu’il
est mobile, toujours ailleurs : « ici » n’est pas visible, c’est un
point de vue.
Les sensations figurées par Loye sont principalement
celles que la physiologie regroupe sous le terme délicieusement
jargonnant de « proprioception » : les sensations de tension
musculaire, de station et de mouvement, d’équilibre et de déplacement,
de la position relative des parties du corps les unes par rapport aux
autres et par rapport à l’espace qu’il occupe — dedans, dehors, près,
loin, etc.
En feuilletant les pages de ce carnet, le lecteur est
ainsi amené à traverser ces sensations qui sont souvent inconscientes,
mais qui lui sembleront étrangement familières. ( S. F. )
Alexandre Loye, né en 1972 en Valais, vit à Lausanne.
Liens: http://lemagasin.hautetfort.com/no45/, http://www.culturactif.ch/livredumois/






