Coopération 30/03/05


«Sefolosha et son groupe», Bertil Galland

A l'enseigne d'«art&fiction», 25 petits livres déjà révèlent les peintres d'un retour à la figure, humaine ou animale, réaliste ou mythique.
Depuis 2001 nous voyons se coaguler et se fortifier discrètement dans la région lémanique un groupe de peintres à l'enseigne d'art&fiction. On dira de moins en moins qu'ils sont en marge. On leur trouve des points communs, tel le retour au tableau et à la toile, à la narration, au papier.
Contre l'abstrait et le conceptuel, ils réhabilitent sans complexes et presque naïvement les figures, parfois en fresque. Certains insèrent en détails des citations des maîtres. Ils donnent à voir des personnages ou des bêtes, le plus souvent isolés ou sublimés, surgissant de chambres nues ou d'ombres primordiales. En vérité, les talents diffèrent de niveau, de style et de message, mais leur complicité est féconde. Ensemble, une trentaine de créateurs d'images, d'idées et de textes ont su passer à l'acte par des rencontres, des expositions et par vingt-cinq petits livres déjà. Ceux-ci, témoignant de la variété des tempéraments et de l'élan commun, sont publiés dans un format de poche raffiné avec textes français ou anglais, signe des temps.
Hors des dénis branchés et des avant-gardes officielles, art&fiction a sorti de la solitude, par des portfolios, des notes, des interviews, la production de peintres parmi lesquels on identifie trois Z, Stéphane Zaech, Philippe et Stéphane Fretz, le Chinois Qiu Jie, Muma le Catalan, Christian Pellet, ou, déjà bien connus, Jean Crotti ou le photographe Olivier Christinat, des auteurs comme Yvan Farron, des graphistes et d'autres. Je retiendrai ici le puissant bestiaire que Christine Sefolosha, de Montreux, fait naître du goudron, de la boue, des encres et des pigments.
Un livre-objet, titré Phantom, met cette artiste en évidence par une trentaine de ses tableaux qu'exposent des galeries de New York et de Paris. Leslie Umberger, critique d'art américaine de fine intelligence, spécialiste des autodidactes, analyse cette oeuvre où des êtres bondissants, plumes, os, becs et fourrures, nous engagent par voie mythique dans une découverte de soi. Un appel au salut y est lancé par des oiseaux-reptiles-mammifères du fond des temps. La peinture de Sefolosha, avec ses clairs-obscurs tourmentés, s'est dégagée d'une enfance lémanique et corsée par un long séjour en Afrique du Sud. Violences et confrontations ethniques ont laissé en elle, note Umberger, les traces d'une brutale énergie. L'artiste avoue: «J'ai trouvé là-bas le noir en moi.» Mais le superbe chromatisme de son épopée animale semble dispenser, par le langage vrai de l'instinct et comme un bienfait malgré notre frayeur, certains secrets du monde.