«Sefolosha et son groupe», Bertil Galland
A l'enseigne d'«art&fiction»,
25 petits livres déjà révèlent les peintres
d'un retour à la figure, humaine ou animale, réaliste
ou mythique.
Depuis 2001 nous voyons se coaguler et se fortifier discrètement
dans la région lémanique un groupe de peintres à
l'enseigne d'art&fiction. On dira de moins en moins qu'ils sont
en marge. On leur trouve des points communs, tel le retour au tableau
et à la toile, à la narration, au papier.
Contre l'abstrait et le conceptuel, ils réhabilitent sans
complexes et presque naïvement les figures, parfois en fresque.
Certains insèrent en détails des citations des maîtres.
Ils donnent à voir des personnages ou des bêtes, le
plus souvent isolés ou sublimés, surgissant de chambres
nues ou d'ombres primordiales. En vérité, les talents
diffèrent de niveau, de style et de message, mais leur complicité
est féconde. Ensemble, une trentaine de créateurs
d'images, d'idées et de textes ont su passer à l'acte
par des rencontres, des expositions et par vingt-cinq petits livres
déjà. Ceux-ci, témoignant de la variété
des tempéraments et de l'élan commun, sont publiés
dans un format de poche raffiné avec textes français
ou anglais, signe des temps.
Hors des dénis branchés et des avant-gardes officielles,
art&fiction a sorti de la solitude, par des portfolios, des
notes, des interviews, la production de peintres parmi lesquels
on identifie trois Z, Stéphane Zaech, Philippe et Stéphane
Fretz, le Chinois Qiu Jie, Muma le Catalan, Christian Pellet, ou,
déjà bien connus, Jean Crotti ou le photographe Olivier
Christinat, des auteurs comme Yvan Farron, des graphistes et d'autres.
Je retiendrai ici le puissant bestiaire que Christine Sefolosha,
de Montreux, fait naître du goudron, de la boue, des encres
et des pigments.
Un livre-objet, titré Phantom, met cette artiste en évidence
par une trentaine de ses tableaux qu'exposent des galeries de New
York et de Paris. Leslie Umberger, critique d'art américaine
de fine intelligence, spécialiste des autodidactes, analyse
cette oeuvre où des êtres bondissants, plumes, os,
becs et fourrures, nous engagent par voie mythique dans une découverte
de soi. Un appel au salut y est lancé par des oiseaux-reptiles-mammifères
du fond des temps. La peinture de Sefolosha, avec ses clairs-obscurs
tourmentés, s'est dégagée d'une enfance lémanique
et corsée par un long séjour en Afrique du Sud. Violences
et confrontations ethniques ont laissé en elle, note Umberger,
les traces d'une brutale énergie. L'artiste avoue: «J'ai
trouvé là-bas le noir en moi.» Mais le superbe
chromatisme de son épopée animale semble dispenser,
par le langage vrai de l'instinct et comme un bienfait malgré
notre frayeur, certains secrets du monde.



