Olivier Estoppey à l’Espace Arlaud, par
Laurence Chauvy.
Rétrospective d’un travail animalier, aux échos fantastiques
Dessinateur et sculpteur, plus brièvement peintre, Olivier Estoppey élabore, depuis plus d’un quart de siècle, une œuvre dont les sujets, selon l’angle sous lequel on les considère, apparaissent modestes ou ambitieux, issus du quotidien ou venus du fond des temps. C’est ce que l’on se dit en découvrant les travaux réunis à l’Espace Arlaud à Lausanne. On y découvre des pièces qui relèvent de la balustrade ou de la sculpture de jardin (un motif de barrière et d’oiseaux, dont nous touche justement la modestie) et un bestiaire qui, tout fidèle qu’il reste à la morphologie animale, agit sur le spectateur comme une vision fantastique, les éléments d’une mythologie.
L’exposition conduit auprès de travaux anciens, Grands Dessins en hauteur, du format d’une porte. Une porte encore hermétique, recouverte d’un dessin abstrait, très dense. Déjà, le thème de la nuit s’impose, une nuit propice aux rêves, aux apparitions qui l’entrouvrent comme un rideau. Rapidement, au creux des grands dessins au graphite, surgiront les figures de chevaux «de lune», l’allure penchée de volatiles au long cou et l’espoir d’un œuf en voie d’éclosion. Images positives, qui au fil du temps laisseront la place à des créatures impressionnantes et effrayantes.
Soit les tout récents chevaux noirs, esquissés à l’encre sur des supports de plastique transparent, si bien que l’assortiment et la superposition partielle des douze équidés donnent l’illusion d’un galop sauvage et forcené, une image que la qualité inconsistante du support rend spectrale (Pietà des hellébores, 2009). L’artiste recourt fréquemment au papier-calque et autre support translucide, qui lui permettent, en laissant passer la lumière et en autorisant les jeux de superposition, de suggérer des ombres et de multiplier les points de vue.
Car la sculpture, que l’on sent toujours viser le monumental, reste la grande affaire d’Olivier Estoppey. Une sculpture presque entièrement déclinée dans un matériau qui offre à la fois un caractère brut et une patine superbe: le béton. En béton, le rhinocéros à l’entrée, les barques au sous-sol, les loups irréels de la dernière contribution à Bex & Arts, installation dominée par des tours tronquées semblables à des enroulements de papiers de cigarette, ou encore les lourds boulets ou les gardiens de troupeau au visage escamoté – autant de figures de la mort.
A ces œuvres destinées à l’origine au parc de Szilassy à Bex, où se tient depuis 1981 une manifestation triennale de sculpture en plein air, Claude Reichler consacre un recueil de souvenirs, libre évocation rehaussée de dessins du sculpteur et parue aux éditions Arts & fiction. Quant à l’exposition lausannoise, conçue dans la complicité de Nicolas Raboud, elle offre un parcours auprès des pièces majeures, parfois illustrées de dessins de moindre dimension, à l’encre ou au graphite, toujours en noir et blanc, la couleur n’étant pas, traditionnellement du moins, une affaire de sculpteur. Et la couleur ne servant pas non plus – traditionnellement – les thèmes chers à l’artiste, tel le passage vers l’au-delà.
Gommant, grattant dans l’opacité et le mystère de cette inconnue, Olivier Estoppey opère des trouées qui finissent par constituer des formes: masques, bêtes, silhouettes humaines, personnages échappés des contes de fées, habités, comme on sait, non seulement de fées, mais aussi de voleurs de petits enfants.
Olivier Estoppey – L’homme
des lisières. Espace Arlaud
(pl. de la Riponne 2, Lausanne,
tél. 021/316 38 50). Me-ve 12-18h, sa-di 11-17h. Jusqu’au 12 juillet.



