COOPERATION 19/02/03


«Zaech: Scène de groupe. Un petit livre comme un manifeste de ceux qui aiment écrire, photographier, éditer autour d’un peintre», Bertil Galland.

Que se passe-t-il dans le petit monde de nos arts? Je reçois un livre bleu-gris, mince mais qu’on aime palper, avec du texte quand on l’ouvre, mais court. Sans frime, avec des pages blanches, des noires, pour distinguer plusieurs parties, même que c’est mince. Mais plein de noms. Trois sur la couverture, un kyrielle dans l’achevé d’imprimer. On flaire un groupe, des complicités entre peintres, photographes, écrivains, un élan, des exigences. Contenu: un bref récit, puis l’essentiel, dix reproductions de peintures de Stéphane Zaech, dont on ne sait s’il faut avouer qu’elles vous émerveillent, puis quatre photos couleur de détails, un entretien à trois, le même en anglais.
Il faut parler des groupes créatifs. Phénoménologie de la complicité, de l’effervescence dialoguante. J’aime la règle qui corrige l’émotion disait Braque. J’aime l’émotion qui corrige la règle disait Juan Gris. Amitié d’un temps qui porte fruit.
Le livre paraît chez Art&Fiction, Lausanne, adresse de Christian Pellet, peintre lui aussi. Editeur, il dit dans l’avant-propos détester les brochures et lescatalogues, qui «renvoient à autre chose». Ça passe. Avec ses compagnons, il a voulu un livre. Qui reste. Il a réuni un minirécit de Pascale Kramer, des photos d’Olivier Christinat et une belle garde autour d’une œuvre forte. Celle de Stéphane Zaech, celui qui dans l’entretien répond «non».
Des jeunes femmes, des jeunes gens, parfois lui-même sur ses toiles, scènes de groupes, corps nus, visages au rêve métaphysique, en confidences. Décrire ces tableaux? Zaech se rebiffe, nous sommes voués à ne pas comprendre: c’est la peinture, elle seule, qui compte. Non, la peinture n’est pas un sujet, une idées ou «de l’art contemporain». L’artiste est abrupte, mais à la manière des Chinois qu’il admire. Leur subtile coup de pinceau ignore le reste. Le vide crée le plein. Le «non» fait naître la présence de ces personnages en vêtement quotidien, ou en troublante absence de vêtement, en visages d’amis entrevus dans un voyage intérieur avec Velasquez ou Picasso. Mais Zaech est dans son atelier de Villeneuve. Et il travaille.