«Zaech: Scène de groupe.
Un petit livre comme un manifeste de ceux qui aiment écrire,
photographier, éditer autour d’un peintre», Bertil
Galland.
Que se passe-t-il dans le petit monde de nos arts? Je reçois
un livre bleu-gris, mince mais qu’on aime palper, avec du
texte quand on l’ouvre, mais court. Sans frime, avec des pages
blanches, des noires, pour distinguer plusieurs parties, même
que c’est mince. Mais plein de noms. Trois sur la couverture,
un kyrielle dans l’achevé d’imprimer. On flaire
un groupe, des complicités entre peintres, photographes,
écrivains, un élan, des exigences. Contenu: un bref
récit, puis l’essentiel, dix reproductions de peintures
de Stéphane Zaech, dont on ne sait s’il faut avouer
qu’elles vous émerveillent, puis quatre photos couleur
de détails, un entretien à trois, le même en
anglais.
Il faut parler des groupes créatifs. Phénoménologie
de la complicité, de l’effervescence dialoguante. J’aime
la règle qui corrige l’émotion disait Braque.
J’aime l’émotion qui corrige la règle
disait Juan Gris. Amitié d’un temps qui porte fruit.
Le livre paraît chez Art&Fiction, Lausanne, adresse de
Christian Pellet, peintre lui aussi. Editeur, il dit dans l’avant-propos
détester les brochures et lescatalogues, qui «renvoient
à autre chose». Ça passe. Avec ses compagnons,
il a voulu un livre. Qui reste. Il a réuni un minirécit
de Pascale Kramer, des photos d’Olivier Christinat et une
belle garde autour d’une œuvre forte. Celle de Stéphane
Zaech, celui qui dans l’entretien répond «non».
Des jeunes femmes, des jeunes gens, parfois lui-même sur ses
toiles, scènes de groupes, corps nus, visages au rêve
métaphysique, en confidences. Décrire ces tableaux?
Zaech se rebiffe, nous sommes voués à ne pas comprendre:
c’est la peinture, elle seule, qui compte. Non, la peinture
n’est pas un sujet, une idées ou «de l’art
contemporain». L’artiste est abrupte, mais à
la manière des Chinois qu’il admire. Leur subtile coup
de pinceau ignore le reste. Le vide crée le plein. Le «non»
fait naître la présence de ces personnages en vêtement
quotidien, ou en troublante absence de vêtement, en visages
d’amis entrevus dans un voyage intérieur avec Velasquez
ou Picasso. Mais Zaech est dans son atelier de Villeneuve. Et il
travaille.



