24 HEURES 17/09/03


«Un flirt éditorial de l'Art et de la Fiction. Edition: Ils sont peintres, partagent les même intérêts littéraires et les mêmes démangeaisons éditoriales. Ils présenteront Une leçon de ténèbres à Pully.» Françoise Jaunin


« Il vaut mieux faire un petit truc maintenant, nous-mêmes, avec nos forces et moyens, qu'échafauder une grande affaire qui ne se fera jamais. » Le « petit truc » dont parlent Stéphane Fretz et Christian Pellet, c'est une aventure éditoriale qui, pour être modeste dans ses tirages et formats et intimiste par son caractère, n'en porte pas moins son grain de folie et son petit vent d'utopie bienfaisants en ces temps de morosité si peu portés à l'esprit d'initiative. Elle démarre à trois en août 2000 : Stéphane Fretz peintre, Christian Pellet, peintre et collaborateur aux Presses polytechniques et universitaires romandes, et Marco Danesi, rédacteur à Domaine public. D'autres s'y sont joints depuis lors, pour composer une nébuleuse fluctuante en fonction des projets en cours. « Nous avons, résument-ils, des visions picturales proches, partageons le même intérêt pour la littérature et éprouvons les mêmes démangeaisons éditoriales. Mais notre envie de livres ne s'arrêtent pas à l'édition, elle va jusqu'à la fabrication. Un besoin de palper la matière qui nous vient sans doute de la pratique de la gravure. » A partir de là, les compères ont créé une chaîne de compétences, mais aussi d'amitiés et d'intérêts pour un fonctionnement un peu différent.
Mais ne leur parlez pas de bibliophilie. Non du tout qu'ils la méprisent, mais leur histoire à eux est ailleurs. Le côté précieux, prestigieux et érudit de la bibliophilie de papa n'est pas leur affaire. Eux, ce qu'ils veulent, c'est des petites publications intimistes et maniables qui leur permettent de rester souples, réactifs, rapides. Qui puissent « ajouter une petite pierre à la vie culturelle d'ici » en mettant «en évidence quelques articulations originales entre l'image et le texte sous l'angle de la narration et de la fiction ». Fiction : le mot est lâché. D'habitude, on ne l'utilise guère pour la peinture. Eux, oui. Ils l'ont même inscrit dans leur appellation : Art & Fiction. Ils sont figuratifs et la plupart de ceux qu'ils éditent (Philippe Fretz, Olivier Christinat, Daniel Frank, Marc de Bernardis, Jie Qiu, Robert Ireland, Christine Sefolosha, Stéphane Zaech, Muma Soler, Pascale Favre) le sont aussi, « Ce qui nous relie, résume Stéphane Fretz, c'est le fait de considérer la peinture non pas seulement comme un phénomène visuel, mais comme un domaine qui inclut le vertige d'une fiction. Je serais même tenté de parler de l'histoire de l'art comme d'une fiction. Nous sommes tous convaincus de l'importance du rapport à l'histoire. La grande - dans laquelle nous sommes embarqués - et les petites que nous voulons raconter. »
Leur « catalogue » comprend à ce jour une douzaine de plaquettes tirées à une ou plusieurs centaines d'exemplaires numérotés et signés comprenant une œuvre en multiple ou une édition de tête avec un original. Le côté convivial, proche et personnalisé de l'aventure se répercute jusque dans sa distribution, puisqu'à chaque parution, Art & Fiction organise une rencontre avec ses souscripteurs. La péparation d'une importante exposition collective et sa publication sont en chantier pour l'an prochain à l'enseigne d' « Une leçon de ténèbres ». Ce samedi, dans le cadre de la Nuit des musées, Art & Fiction est invité par l'Association des musées de Pully à en présenter le prélude dans les jardins du musée avec une projection de peintures et textes proposant une dramaturgie de la nuit.