LE TEMPS 13/02/10


«Un ange déchu», par Isabelle Rüf

 

Ce sont tout d’abord des choses vues, une jongleuse dans la rue, des vendeurs ambulants, les préparatifs d’un feu d’artifice, la vie secrète des passants, devinée de loin, un cargo qui rouille, un poisson rouge qui sert d’oracle amoureux.

Scènes quotidiennes saisies sur le vif, avec juste ce qu’il faut d’étrangeté. Jusqu’à ce que «l’ange» vienne obscurcir ce recueil apparemment léger. Il s’est jeté de la tour en métal, cet Elevador qui se dresse au centre de Lisbonne.

Pourquoi? Cette mort, vécue comme une trahison, un abandon, hante alors les pages. Les dessins inquiétants de Marcel Miracle, peuplés de monstres anguleux, aux couleurs vives, dialoguent avec de brefs poèmes, tombeaux pour l’ange déchu.

Mythologies

Le rythme redevient ensuite plus ample, plus narratif; les portraits de marginaux, de fous, de rêveurs sont imprégnés de la mythologie mélancolique de Lisbonne, de ses poètes morts d’alcool et de saudade, de la fascination morbide que la ville exerce et que renforce ce suicide à jamais inexpliqué.