«Olivier Estoppey - Dessiner pour pouvoir sculpter», par Jacques Sterchi
Alors qu'il est au centre de deux belles publications, l'artiste Olivier Estoppey expose ses sculptures à l'Espace Arlaud, à Lausanne.
Monumental
dans ses sculptures, minutieux et prolifique dans le dessin, Olivier
Estoppey est un artiste d'une rare puissance. Ce printemps, il fait
très justement l'objet d'une quadruple actualité. Une Association des
amis d'Olivier Estoppey voit le jour à l'occasion de l'exposition
«Olivier Estoppey, l'homme des lisières» à l'Espace Arlaud de Lausanne.
Un titre qui est aussi celui de la monographie que lui consacre la
collection Les Cahiers dessinés aux Editions Buchet Chastel. Et
l'on retrouve également les dessins de l'artiste dans Olivier Estoppey
au domaine de Szilassy, ouvrage réalisé avec Claude Reichler, qui
revient sur les dix éditions de la triennale Bex & Arts auxquelles
Estoppey a participé.
Méditatif, onirique...
Consécration? Non. L'artiste d'Ollon n'en a pas besoin. Mais
vérification d'une imagination foisonnante, d'une puissance d'évocation
qui puise sa force dans le dessin autant que dans la réalisation de
sculptures monumentales. Les visiteurs de Bex & Arts le savent
bien: une installation d'Olivier Estoppey ne laisse jamais indifférent.
Rappelez-vous par exemple de la huitième triennale, en 2002: Dies irae
mettait en scène sur le pré un troupeau de cent soixante-dix oies en
béton de quarante kilos pièce, mené par trois tambourinaires
déchiquetés dans le même métal, affichant 3,4 mètres de hauteur, alors
qu'un petit personnage semblait vouloir préserver une ultime oie dans
ses bras. Effet saisissant par sa matérialité, puissamment poétique,
méditatif, onirique.
Dans la monographie Olivier Estoppey, l'homme
des lisières, le journaliste et romancier Jean-Baptiste Harang se
penche longuement sur le processus de création chez Olivier Estoppey.
Ce que l'on sait, donc, c'est que l'artiste dessine beaucoup. Motifs
obsessionnels. Croquis préparatoires indispensables à la conception des
installations monumentales. Après, note Jean-Baptiste Harang, inutile
de tarabuster Olivier Estoppey quant à la signification de ses oeuvres.
Ainsi l'installation Dies irae – répondant au thème des «Noces» imposé
par Bex & Arts en 2002 – évoque-t-elle pour lui, assez vaguement,
l'idée nostalgique d'un cortège un jour de fête, une noce forcément
lointaine, et peut-être aperçue au travers d'une fenêtre... On n'en
saura pas plus et ce n'est pas nécessaire. L'art d'Olivier Estoppey
appelle la capacité d'imagination de chacun. Il n'impose rien d'autre
que des visions. Ce qui est proprement produit sur le papier.
Des loups dans Paris
Récemment, le cycle Les loups a été exposé à Champex, Bex & Arts
2008, puis dans les jardins du Palais-Royal à Paris, après avoir servi
de décor pour le film de Pascal Thomas, Le crime est notre affaire avec
Catherine Frot et André Dussolier. Tout en dynamisme, les dessins
préparatoires hachurés préfigurent l'explosion des sculptures en béton.
Pour l'historien de l'art Nicolas Raboud, qui signe les notices
explicatives des oeuvres, il est évident que le dessin chez Estoppey
est indispensable pour que prenne forme une idée.
Pour
Jean-Baptiste Harang, nous sommes les animaux sculptés d'Olivier
Estoppey. Si ses installations sont si saisissantes, pourrait-on
ajouter, c'est parce qu'il y a là jaillissement archaïque, souvent
animal, qui renvoie forcément à un imaginaire complexe. A la lisière,
oui. Aux confins des rêves, des légendes et d'une certaine nostalgie
revendiquée par l'artiste.
> Olivier Estoppey, l'homme des lisières, Ed. Buchet Chastel, coll. Les Cahiers dessinés, 160 pp.
> Claude Reichler, Olivier Estoppey au domaine de Szilassy, Ed. art&fiction, coll. Pacific, 2009, 96 pp.
> Exposition à l'Espace Arlaud, place de la Riponne, Lausanne, jusqu'au 12 juillet.



