LE COURRIER 04/05/2009


«Olivier Estoppey - Dessiner pour pouvoir sculpter», par Jacques Sterchi

Alors qu'il est au centre de deux belles publications, l'artiste Olivier Estoppey expose ses sculptures à l'Espace Arlaud, à Lausanne.

Monumental dans ses sculptures, minutieux et prolifique dans le dessin, Olivier Estoppey est un artiste d'une rare puissance. Ce printemps, il fait très justement l'objet d'une quadruple actualité. Une Association des amis d'Olivier Estoppey voit le jour à l'occasion de l'exposition «Olivier Estoppey, l'homme des lisières» à l'Espace Arlaud de Lausanne. Un titre qui est aussi celui de la monographie que lui consacre la collection Les Cahiers dessinés aux Editions Buchet Chastel. Et l'on retrouve également les dessins de l'artiste dans Olivier Estoppey au domaine de Szilassy, ouvrage réalisé avec Claude Reichler, qui revient sur les dix éditions de la triennale Bex & Arts auxquelles Estoppey a participé.

Méditatif, onirique...

Consécration? Non. L'artiste d'Ollon n'en a pas besoin. Mais vérification d'une imagination foisonnante, d'une puissance d'évocation qui puise sa force dans le dessin autant que dans la réalisation de sculptures monumentales. Les visiteurs de Bex & Arts le savent bien: une installation d'Olivier Estoppey ne laisse jamais indifférent. Rappelez-vous par exemple de la huitième triennale, en 2002: Dies irae mettait en scène sur le pré un troupeau de cent soixante-dix oies en béton de quarante kilos pièce, mené par trois tambourinaires déchiquetés dans le même métal, affichant 3,4 mètres de hauteur, alors qu'un petit personnage semblait vouloir préserver une ultime oie dans ses bras. Effet saisissant par sa matérialité, puissamment poétique, méditatif, onirique.
Dans la monographie Olivier Estoppey, l'homme des lisières, le journaliste et romancier Jean-Baptiste Harang se penche longuement sur le processus de création chez Olivier Estoppey. Ce que l'on sait, donc, c'est que l'artiste dessine beaucoup. Motifs obsessionnels. Croquis préparatoires indispensables à la conception des installations monumentales. Après, note Jean-Baptiste Harang, inutile de tarabuster Olivier Estoppey quant à la signification de ses oeuvres. Ainsi l'installation Dies irae – répondant au thème des «Noces» imposé par Bex & Arts en 2002 – évoque-t-elle pour lui, assez vaguement, l'idée nostalgique d'un cortège un jour de fête, une noce forcément lointaine, et peut-être aperçue au travers d'une fenêtre... On n'en saura pas plus et ce n'est pas nécessaire. L'art d'Olivier Estoppey appelle la capacité d'imagination de chacun. Il n'impose rien d'autre que des visions. Ce qui est proprement produit sur le papier.


Des loups dans Paris

Récemment, le cycle Les loups a été exposé à Champex, Bex & Arts 2008, puis dans les jardins du Palais-Royal à Paris, après avoir servi de décor pour le film de Pascal Thomas, Le crime est notre affaire avec Catherine Frot et André Dussolier. Tout en dynamisme, les dessins préparatoires hachurés préfigurent l'explosion des sculptures en béton. Pour l'historien de l'art Nicolas Raboud, qui signe les notices explicatives des oeuvres, il est évident que le dessin chez Estoppey est indispensable pour que prenne forme une idée.
Pour Jean-Baptiste Harang, nous sommes les animaux sculptés d'Olivier Estoppey. Si ses installations sont si saisissantes, pourrait-on ajouter, c'est parce qu'il y a là jaillissement archaïque, souvent animal, qui renvoie forcément à un imaginaire complexe. A la lisière, oui. Aux confins des rêves, des légendes et d'une certaine nostalgie revendiquée par l'artiste.

> Olivier Estoppey, l'homme des lisières, Ed. Buchet Chastel, coll. Les Cahiers dessinés, 160 pp.
> Claude Reichler, Olivier Estoppey au domaine de Szilassy, Ed. art&fiction, coll. Pacific, 2009, 96 pp.
> Exposition à l'Espace Arlaud, place de la Riponne, Lausanne, jusqu'au 12 juillet.